Depuis les premières expérimentations de Nicéphore Niepce qui, le premier, réussit à enregistrer et à fixer une image, jusqu’aux développements récents de la génération d’images par intelligence artificielle, la photographie ne cesse de changer de visage. Image sur métal, sur verre, sur papier, image projetée, image programmée… la nature de ce médium est plurielle et toujours en évolution, suivant les avancées chimiques et technologiques du monde qui l’entoure. Pensé comme un hommage non exhaustif à l’invention de la photographie à l’occasion du bicentenaire, cet accrochage présente trois ensembles d’œuvres composées de récentes acquisitions mises en dialogue avec le reste de la collection. Ces ensembles éclairent la manière dont les artistes jouent avec la photographie pour mieux la comprendre. Celle-ci accompagne et témoigne des mutations de nos sociétés, comme elle en constitue les mémoires. À partir du début du 20e siècle, son accessibilité au plus grand nombre accélère son usage et sa diffusion, et renforce son intégration au sein des pratiques artistiques.
De nombreux artistes, comme Robert Cummings et Kunié Sugiura, dont le travail est présenté dans l’accrochage, se fascinent pour les façons de faire l’image : ils exploitent la diversité des appareils d’enregistrement ou de génération d’images, « bricolant » souvent les dispositifs et les programmes numériques. Leurs œuvres interrogent la nature même du réel, comme ses possibles manipulations. D’autres, à l’image de Timm Ulrichs, Din Q Lê et Eileen Quinlan exploitent le principe de reproduction au cœur de ce médium. Leurs œuvres racontent notre intérêt pour les copies, les duplicatas et les répliques comme ils révèlent notre rapport obsessionnel au réel, et à sa possession, fantasmée, par l’image. Une autre composante fondamentale de la photographie est son rôle dans la construction des identités, notamment par le développement du portrait et de l’autoportrait. Ces genres photographiques, que Martha Wilson, Andrzej Steinbach et Sam Contis notamment se sont appropriés, ont une histoire riche et complexe, révélant les jeux de contrôle et de pouvoir exercés par l’image dans nos sociétés.
Le Centre Pompidou conserve l’une des plus importantes collections de photographie au monde, avec plus de 40 000 épreuves et 60 000 négatifs datant du début du 20e siècle jusqu’à aujourd’hui. Constituée de fonds historiques de tout premier ordre – Man Ray, Brassaï, Constantin Brancusi ou encore Laszlo Moholy Nagy, elle compte également de nombreux ensembles contemporains et prospectifs. Miroir de la qualité et du dynamisme des scènes française et internationale, cette collection est l’un des rares ensembles capables de présenter une histoire de la photographie moderne et contemporaine dans toute sa diversité