Procédés pigmentaires

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    Les procédés pigmentaires aux encres grasses

    À la fin du XIXème, à rebours de l’industrialisation de la photographie et de son instantanéité, des photographes sont à la recherche de nouvelles approches visant à réintroduire l’artisanat dans la réalisation de leurs images. Ces photographes ont la particularité de développer des procédés qui placent au second plan l’automatisme de la photographie, privilégiant l’intervention manuelle sur le tirage et l’interprétation de l’image. Parmi ces procédés on distingue la famille des procédés pigmentaires aux encres grasses dans laquelle on trouve le procédé à l’huile connu aussi sous le nom d’oléotypie et l’oléobromie dite aussi bromoil. Par l’utilisation des pinceaux, ces procédés permettent aux photographes de se rapprocher des artistes. Le principe technique de ces procédés est basé sur la répulsion entre encre lithographique et eau. L’encre est appliquée à la surface d’une matrice gélatinée, gorgée plus ou moins d’eau selon les valeurs de l’image.

    Visuel à gauche: Sans titre, Tirage bromoil sur papier baryté
    © Constance Asseman, 2015


    Le tirage à l’huile ou oléotypie

    Le principe du tirage à l’huile est décrit dès 1855 par Alphonse Poitevin. G.E Rawlins réintroduit le procédé en préconisant un encrage au pinceau afin de contrôler localement le rendu de l’épreuve. En France, les pictorialistes Constant Puyo et Robert Demachy intègrent une description du procédé à l’huile dans leur ouvrage sur Les procédés d’art en photographie édité en 1906 au Photo-Club de Paris. Pour réaliser une épreuve à l’huile, une feuille de papier est gélatinée, puis sensibilisée avec une solution de bichromate de potassium. Exposé à la lumière au contact du négatif, la gélatine du papier en réaction avec le bichromate se tanne (durcit) plus ou moins selon les éclairements reçus par la surface sensible selon les valeurs du négatif. On obtient alors une épreuve qui, plongée dans une solution aqueuse va se gorger d’eau. Les hautes densités sont hydrophobes, elles ne vont donc pas se gorger d’eau, tandis que les faibles densités, à l’inverse, sont hydrophiles. On peut d’ailleurs observer un très léger relief sur la surface de l’épreuve. Lors de l’encrage de la matrice, les zones gorgées d’eau vont donc repousser l’encre grasse et inversement. L’encrage s’opère au moyen d’un pinceau, d’un rouleau ou bien de la combinaison des deux. L’opérateur peut alors laisser cours à ses gestes et donner à l’image toute son interprétation en intervenant localement sur le tirage. Cette étape est délicate, longue, car il faut souvent plusieurs couches d’encre et cela nécessite une gestuelle très précise.

    Le procédé bromoil ou oléobromie

    Le bromoil explore conjointement la dimension artisanale des procédés pictorialistes et la technique du gélatino-bromure dont l’invention a marqué l’entrée de la photographie dans l’ère industrielle à la fin du XIXème siècle. Les deux termes employés pour désigner le procédé illustrent son caractère hybride :
    « Oléo- »/« -oil » font référence à l’encre grasse qui compose l’image appliquée au moyen d’un rouleau ou d’un pinceau et «-bromie»/ « bro-» au support gélatino-bromure de l’épreuve est introduit en Angleterre en août 1907 par C. Welborne Piper. Il est décrit comme une variante du procédé à l’huile et est présenté comme en étant une simplification de ce dernier. Le tirage gélatino-argentique subit un bain de blanchiment lors duquel la gélatine du papier photographique se tanne (durcit) proportionnellement aux valeurs de l’image argentique qui elle, est « éliminée » dans de ce même bain. Les étapes qui suivent la réalisation du tirage sont alors identiques à celles du tirage à l’huile.

    Report des épreuves et commercialisation

    À partir de 1911, Robert Demachy émet l’éventualité de reporter les épreuves aux encres grasses sur des papiers beaux-arts ou encore des papiers japonais au moyen d’une presse lithographique. La pratique du report sera importante dans la pratique des procédés à l’huile.
    « On peut considérer l’épreuve aux encres grasse comme une étape, le report comme un achèvement »¹
    Malgré leur caractère artisanal, les procédés à l’huile font l’objet d’une commercialisation : pinceaux « pieds de biche » en poils de putois et encres de James A. Sinclair & Co. of London et papiers gélatino-bromure spéciaux commercialisés par Wellington, Ilford ou encore Kodak. L’arrêt dans les années 50 de la commercialisation de ces fournitures marque le déclin du procédé.

    Glossaire visuel des procédés photographiques
    © ARCP / Mairie de Paris, 2018


    ¹ Constant Puyo, Les procédés aux encres grasses, huile et report, Paris, Pierre Montel, 1923


Glossaire

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