Interview: Anne Wachsmann Guigon

Collection privée


Collectionneuse d’art moderne et contemporain, Anne Wachsmann Guigon développe au fil des années une collection dans laquelle la photographie occupe une place essentielle. Son attrait pour ce médium est né des livres de photographie et s’est depuis enrichi au fil des expositions, foires, festivals et galeries.

Sa collection se distingue par une grande diversité de références, des figures historiques comme Atget, Walker Evans ou Cartier-Bresson aux artistes contemporains tels que Nan Goldin, Zanele Muholi ou Taryn Simon, avec une attention particulière portée aux images qui interrogent leur époque et à la dimension politique de la photographie.

Paris Photo vous invite à découvrir son parcours de collectionneuse.

Portrait d'Anne Wachsmann Guigon — Courtesy of Anne Wachsmann Guigon

Présentation


« J’ai exercé comme avocate d’affaire spécialisée en droit de la concurrence en tant qu’associé equity d’un grand cabinet anglo-saxon entre 2001 et 2025. Depuis juin 2025, j’exerce comme Vice-Présidente de l’Autorité de la concurrence (une Autorité administrative indépendante chargée de régulation économique) par décret du Président de la République.

En juillet 2024, j’ai été nommée Présidente du Conseil d’administration du Palais de Tokyo, sur proposition de l’Etat. Depuis novembre 2020, je préside également un autre centre d’art situé à Strasbourg, le CEAAC, Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines récemment labellisé CACIN, « Centre d’art contemporain d’intérêt national » auprès du Ministère de la Culture. Ce centre d’art a pour vocation de faire découvrir l’art contemporain au public, notamment aux plus jeunes, aider les jeunes artistes à exposer leurs travaux et à effectuer des résidences à l’étranger.

Précédemment, j’avais créée et présidée pendant 10 ans la Fondation d’entreprise Linklaters, entre 2015 et 2025. Première Fondation lancée par un cabinet d’avocats d’affaire en France, elle a œuvré en particulier en faveur le mécénat culturel, en soutenant des expositions de premier plan, des activités culturelles diverses (avec La Source Garouste, Le Bal etc.) et à travers la constitution d’une collection de photographies.

Je suis également professeure au Collège d’Europe à Bruges, où je dispense un séminaire de 25 heures sur le contrôle européen des concentrations depuis 2017.

Avec mon mari Emmanuel Guigon, Directeur du Musée Picasso de Barcelone, , nous sommes collectionneurs d’art moderne et contemporain avec un focus sur la photographie. »

Qu’est-ce qui vous a conduit à collectionner de la photographie ?


« C’est le livre photos qui m’a mené à collectionner la photographie. De ce point de vue, je suis totalement de la génération Martin Parr et son histoire des photobooks à partir de 2005 !

Il s’agit d’un vecteur essentiel de la diffusion des œuvres de photographes en particulier au moment de l’explosion des revues d’avant-gardes et du photoreportage à partir de l’entre-deux guerres.

Ensuite, mon mari m’a fait entrer dans une dimension où l’art et la culture sont devenus un paramètre essentiel de notre vie. Cela nous permet de confronter nos points de vue et nous nourrir réciproquement de nos émotions, influences et réflexions. La visite des musées, Biennales, Festivals (comme Arles incontournable), des foires spécialisées comme Paris Photos ou non et bien entendu des galeries joue un rôle clé dans nos choix photographiques. »

Andres Serrano, Chuckling Charlie (The Robots), 2022 — Courtesy of Galerie Nathalie Obadia & Collection of Anne Wachsmann Guigon

Helmar Lersky, Métamorphoses par la lumière, 1936 — Courtesy of Kicken Gallery & Collection of Anne Wachsmann Guigon

Quels types de photographies collectionnez-vous et y a-t-il des thèmes récurrents dans votre collection ?


« En tant que juriste, l’art me permet de vivre dans un monde moins normé qui échappe aux règles – ainsi la collection comprend des photographes dont le travail m’intéresse comme Bernard Plossu (et son fameux voyage mexicain qui est un ami de longue date), Atget, Helmar Lersky, Sudek, Eugene Smith, Winogrand, Mary Ellen Mark, Bruce Davidson, Nicolas Nixon et ses fameuses sœurs Brown ou encore Weegee.

En réalité c’est cette variété qui fait l’intérêt de notre collection. La dimension politique est bien entendu présente avec des horizons thématiques ou temporels très différents. Je pense à nos tirages d’Andres Serrano, Capa, Cartier-Bresson, Walker Evans, Z. Muholi, Nan Goldin, Taryn Simon, Diane Arbus, Colita ou encore Ouka Leele. Sans conteste, l’engagement féministe est également important.

Il n’y a pas de géographie particulière non plus, j’adore les grands coloristes américains (Meyerowitz, Shore etc.), la photo surréaliste européenne (Man Ray, B. Abbot, Styrsky, Heisler, Ubac ou Brassaï) mais aussi sud-américaine (H. Coppola par ex.), la photo contemporaine japonaise (Moriyama, Fukase…).

Pour des raisons plus engagées, je n’aime pas la photo de nus féminins et nous ne souhaitons pas vivre entourés de photos de guerre, ni avec des photos antérieures à la 1ere guerre mondiale que je trouve sublimes mais nécessitent des connaissances tout à fait particulières. Notre photo la plus ancienne, qui date de 1915, est un portrait d’enfants dans une usine de Lewis Hine, bien connu pour sa lutte contre le travail, ou plutôt l’esclavage, des enfants aux Etats-Unis. »

Bernard Plossu, La noce mexicaine, 1966 — Collection of Anne Wachsmann Guigon

Bruce Davidson, The Dwarf with Cigarettes and Flowers, 1958 — Courtesy of Magnum Photo, Howard Greenberg Gallery & Collection of Anne Wachsmann Guigon

Nicolas Nixon, The Brown Sisters, Marblehead, Massachusetts, 1979 — Courtesy of Galerie Eric Dupont, Fraenkel Gallery & Collection of Anne Wachsmann Guigon

Pourriez-vous nous parler d’une œuvre particulière de votre collection ?


« Une photo chère à mon cœur, parmi un choix difficile, est « la femme papillon », un autoportrait de Claude Cahun. 

C’est à la fois la rareté et la fragilité inouïe de cette représentation d’une femme artiste qui a défié son temps par sa judaïcité, ses amours et son œuvre. Elle représente toutes les transgressions et continue de fasciner des générations entières d’artistes. »

Claude Cahun, Autoportrait (La femme papillon), 1929 — Courtesy of Galerie 1900-2000 David et Marcel Fleiss & Collection of Anne Wachsmann Guigon

Propos recueillis par Paris Photo. Les visuels ont été fournis par la collectionneuse et proviennent de sa collection personnelle.