Elles x Paris Photo - Lake Verea

Bendana | Pinel Art Contemporain

“Nous vivons à une époque qui transcende les restrictions binaires du féminin et du masculin” Lake Verea

Comment en êtes-vous venue à la photographie ? Vous définissez-vous comme photographe ? 

Oui, nous nous définissons comme des artistes photographes. Nous étions toutes les deux intéressées par la photographie, et nous l’avons étudiée et pratiquée avant notre rencontre. Malgré des perspectives différentes, nous étions captivées par le pouvoir de capturer des images qui racontent des histoires allant au-delà de leurs sujets. Nous sommes – et avons toujours été – fascinées par les dimensions chimiques et techniques de la photographie argentique. Nous avons un studio équipé d’une chambre noire où nous expérimentons avec les papiers, les pellicules et les produits chimiques. Nous collectionnons aussi des appareils qui remontent jusqu’aux années 1800, que nous utilisons pour explorer d’autres optiques.

Quels sont vos engagements dans votre pratique photographique ?

Nous travaillons depuis quinze ans sur diverses séries qui regroupent l’architecture moderne, le XXe siècle, nos archives personnelles et nos portraits.

Est-il légitime de parler d’un regard de femme dans la photographie ? Vous sentez-vous concernées ?

Le regard de femme n’est pas notre préoccupation principale lorsque nous créons. Cependant, puisque nous sommes deux femmes qui vivent et travaillent ensemble, nous essayons d’être honnêtes envers nous-mêmes et fidèles à nos principes. Nous pensons que nous vivons à une époque qui transcende les restrictions binaires du féminin et du masculin, et qui nous donne l’opportunité de voir, d’expérimenter et de créer de la manière qui nous convient.

Lorsque nous avons choisi le pseudonyme Lake Verea, nous avons décidé d’utiliser nos noms de famille plutôt que nos prénoms, afin de dépasser la classification de genre, même si nous ne dissimulons jamais notre véritable identité ni nos noms complets. Nous percevons l’intérêt des femmes d’être au cœur des discussions et espérons que cela continue, pas à la manière d’une tendance, mais plutôt d’une reconnaissance.

Votre statut de femme a-t-il, ou a-t-il eu, une influence sur votre statut d’artiste ? 

Nous sommes qui nous sommes, deux femmes qui ne cachent pas, ni ne fuient leur féminité. Nous souhaitons créer, de manière honnête, personnelle, introspective et intime, une œuvre qui soulève des questions et parle aux gens.

Vivez-vous de votre art ? 

Oui, nous en vivons. Nous nous consacrons pleinement à nos créations, sans poursuivre d’autres carrières.

Quels sont les auteur(e)s qui vous inspirent ? Parmi eux/elles, y a-t-il des femmes photographes ?

Nous sommes inspirées par tant d’artistes, de différentes origines et époques. Nous admirons profondément la capacité des auteurs à révolutionner le monde, notre monde. Écrire une véritable liste serait injuste et trop long, nous allons donc mentionner les femmes qui nous ont récemment touchées, et ont transformé nos vies :

Les artistes : Anni Albers, Tacita Dean, Frida Kahlo, Minerva Cuevas, Dora Maar, Tamara de Lempicka. Les compositrices : Maryanne Amacher, Pauline Oliveros. Les architectes : Charlotte Perriand, Lilly Reitch, Eileen Gray. Les écrivaines : Eileen Myles, Mary Shelly, Ann Lister, Vita Sachville-West, Gertrude Stein. Et les photographes : Paulina Lavista, Graciela Itrubide, Claude Cahun and Marcel Moore, Cindy Sherman, Lee Miller, Cathy Opie, Annie Leibovitz, Anna Atkins, Lucia Moholy, Jane and Louise Wilson.

Lake Verea

BIO


Le duo Lake Verea (composé de Francisca Rivero-Lake Cortina, née en 1973 et de Carla Verea Hernández, née en 1978) s’est formé en 2005. Depuis, les deux femmes expérimentent avec les techniques et les formats photographiques pour développer une œuvre intime et singulière, inspirée par l’architecture, le portrait ou encore les ruines. Leurs travaux ont fait l’objet de nombreuses expositions, en Europe et en Amérique latine. Ils ont remporté plusieurs prix photographiques (parmi eux, le BJP International Photography Award en 2007 et la résidence New Roots Foundation en 2019), et font partie des collections permanentes de la Collection Jumex, du Musée Rufino d’art contemporain et du Musée del Estranquillo au Mexique, de la Fondation Barragán en Suisse, et de la Collection de Catherine Petitgas au Royaume-Uni.

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