Elles x Paris Photo - Jocelyne Alloucherie

Galerie Françoise Paviot

“Je vis pour mon art, mais je n’en vis pas, évidemment” Jocelyne Alloucherie

Comment en êtes-vous venue à la photographie ? Vous définissez-vous comme photographe ? 

Mon œuvre s’est développée sur deux axes principaux : l’architecture et le paysage. Il ne faut pas les interpréter littéralement. Ils sont un regard porté vers l’ailleurs et son encadrement. Il était donc évident que la photographie devienne l’un des médias privilégiés de ma pratique.

Quels sont vos engagements dans votre pratique photographique ?
J’ai longtemps exploré la notion de présence. Une présence invitée dans certains espaces et non figurée au cœur de l’image. Aujourd’hui, et à partir de mon expérience photographique, je cherche davantage à témoigner de cette présence dans des lieux publics à travers des productions vidéo. Cette recherche n’a toutefois rien d’un documentaire et je traite les images prises en mouvement comme je le fais des photographies : par le cadrage, le travail de la couleur, tout ce qui me permet d’ajouter un filtre sur un trop-plein de réel. À cela s’ajoute un travail autour des mots : des monologues sur l’habitation marginale de certains espaces rendus par des propos hors-champs, ayant une teneur à la fois poétique, philosophique et sociale.

Est-il légitime de parler d’un regard de femme dans la photographie ? Vous sentez-vous concernée ?
Je ne crois pas que mon regard porte des traces associées à mon sexe ; c’est d’ailleurs ce que j’ai cherché à éviter.

Votre statut de femme a-t-il, ou a-t-il eu, une influence sur votre statut d’artiste ? 

J’ai dû travailler, souvent deux et trois fois plus que mes collègues masculins pour arriver à une réception équivalente de mon œuvre. Je sais aussi que ma réflexion sur la pratique artistique et la photographie, souvent exprimée dans divers écrits n’a pas toujours été considérée. Alors ce fut difficile… Et ça l’est toujours, car j’investis beaucoup plus de temps et d’énergie dans la création que dans le tissage de réseaux de diffusion. Cela reflète un choix : ma fidélité à ma passion première.

Vivez-vous de votre art ? 

Je vis pour mon art, mais je n’en vis pas, évidemment.

Quels sont les auteur(e)s qui vous inspirent ? Parmi eux/elles, y a-t-il des femmes photographes ?
J’aime la littérature, le cinéma, la danse et la photographie, bref tous les arts. Il y a donc beaucoup d’auteur(e)s qui me fascinent et m’enrichissent mais je ne peux pas nommer des gens qui m’inspirent directement. Disons que j’ai été marquée par une certaine approche des avant-gardes américaines des années 1970. Une époque où le milieu comptait des intellectuels chevronnés et engagés socialement, et ce, dans une bousculade des règles artistiques dominantes. De cette influence, j’ai sans doute gardé cette préoccupation pour une présence invitée à parcourir une œuvre à la fois physiquement et mentalement. En ce sens, il m’a fallu travailler l’image, par l’échelle, le cadrage et le support. L’objectif étant de s’y sentir inclus par la réminiscence d’un regard posé. Et cela, sans que la figure humaine joue le rôle d’un miroir rassurant.

Jocelyne Alloucherie

BIO

Née à Québec en 1947, Jocelyne Alloucherie vit et travaille aujourd’hui à Montréal. À travers sa pratique artistique, elle explore de manière conceptuelle et poétique des notions relatives à l’image, à l’objet et au lieu. Une démarche expérimentale qu’elle poursuit en associant sculpture, architecture et photographie. Aux frontières du rêve et du réel, ses espaces imaginés nous invitent à réfléchir à une notion particulière de paysage, vu comme un reflet de notre rapport au monde. Exposé à l’international (France, États-Unis, Italie, Chine, Japon…), son travail a été récompensé par de nombreux prix (prix Paul-Émile Borduas, prix d’excellence du Québec en arts visuels, en 2001, Ordre du Canada en 2008…) et fait partie de plusieurs collections publiques (musée national des Beaux-Arts du Québec, Fondation Ordonez Falcon en Espagne, Fonds national d’art contemporain en France, etc.).

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