Elles x Paris Photo - Diana Markosian

Galerie Les Filles du Calvaire

“Je pense que le regard de femme doit nous donner du pouvoir, de la confiance” Diana Markosian

“The Arrival”, Santa Barbara, 2019 © Diana Markosian / Courtesy Galerie Les filles du calvaire

“The Disappointment”, Santa Barbara, 2019 © Diana Markosian / Courtesy Galerie Les filles du calvaire

“First Day at Work”, Santa Barbara, 2019 © Diana Markosian / Courtesy Galerie Les filles du calvaire

Comment en êtes-vous venue à la photographie ? Vous définissez-vous comme photographe ? 

J’avais 20 ans lorsque j’ai découvert la photographie. Il y a toujours eu une part de moi qui voulais voir le monde d’une manière un peu différente des autres. La photographie m’a permis de le faire. C’est devenu mon compas. Le médium m’a menée vers des endroits que je connaissais seulement grâce à mes lectures, et que j’ai eu la chance de découvrir intimement. Je crois qu’au final ça n’a jamais été simplement l’image qui me plaisait. C’était aussi les personnes que je rencontrais. Je voulais ressentir ce qu’ils vivaient, et la photographie m’a permis de réaliser cette expérience.

Quels sont vos engagements dans votre pratique photographique ?

Une grande partie de mon travail est personnelle. J’essaie de créer de manière à permettre aux gens de faire l’expérience du monde que je construis. J’ai passé une décennie à faire le tour du monde, à travailler sur des sujets au Népal, en Russie à Cuba. Ces travaux font aujourd’hui toujours partie de ma pratique, mais je me vois ralentir, et approcher mon œuvre d’une manière différente, plus introspective, peut-être.

Est-il légitime de parler d’un regard de femme dans la photographie ? Vous sentez-vous concernée ?

Oui, bien sûr que c’est légitime, et même nécessaire. Je m’intéresse à notre manière de créer des projets personnels. Pour moi, être une femme fait partie du processus. Comment est-ce que je crée une œuvre d’art que moi seule pourrais réaliser, en tant que femme ? Comment puis-je utiliser ma féminité pour raconter des histoires de manière plus intime ? C’est quelque chose que j’essaie de comprendre en tant qu’artiste. Je pense que le regard de femme doit nous donner du pouvoir, de la confiance. Ce qui m’intéresse, c’est notre manière d’utiliser ce regard, et comment nous pouvons créer quelque chose qui ferait évoluer les discussions dans le monde de la photographie.

Votre statut de femme a-t-il, ou a-t-il eu, une influence sur votre statut d’artiste ? 

Je pense que le fait d’être une femme me rend plus vulnérable qu’un homme, plus particulièrement lorsque je voyage. Je suis souvent seule, et les personnes qui m’aident sur mes projets sont celles que je photographie. L’intimité et les liens qui se forment entre nous permettent de créer quelque chose de plus qu’une simple image.

Vivez-vous de votre art ? 

Oui, je travaille en tant qu’artiste depuis dix ans.

Quels sont les auteur(e)s qui vous inspirent ? Parmi eux/elles, y a-t-il des femmes photographes ?

Sophie Calle, Viviane Sassen, Chantal Ackerman, Taryn Simon, Carrie Mae Weems sont les artistes qui m’ont inspirée, qui ont influencé mon travail. Il se trouve qu’elles sont toutes des femmes.

Diana Markosian

BIO


Diana Markosian (1989) est une photographe russo-américaine d’origine arménienne titulaire d’un Master of Science de l’Université Columbia de New York. Ses projets, qui explorent les notions de mémoire et de lieu, l’ont conduite aux quatre coins du monde. En utilisant la vidéo, la photographie, et le dessin, elle développe une œuvre à la fois documentaire et expérimentale, toujours inspirée par l’intime. Ses créations ont été publiées par National Geographic, le New Yorker ou encore le New York Times, et ont remporté plusieurs prix photographiques, notamment le World Press Photo Award (2019) et le Magnum Fundation Fund Grant (2018). Diane Markosian a exposé ses projets à l’international (États-Unis, Italie, France, Royaume-Uni, Turquie…) et a publié, en 2020, sa première monographie, Santa Barbara, aux éditions Aperture.

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