Elles x Paris Photo - Sarah Moon

Howard Greenberg Gallery | Camera Obscura

“Mon statut de femme mannequin m’a aidée à être un artisan dans la photo de mode” Sarah Moon

“Anonyme”, 2013 © Sarah Moon

“L’orchidée”, 2010 © Sarah Moon

Comment en êtes-vous venue à la photographie ? Vous définissez-vous comme photographe ? 

À travers le métier de mannequin, je me suis évidemment intéressée à la photographie de mode. Et au début, via les magazines de l’époque.

C’est ainsi que j’ai découvert les photos d’Avedon, d’Irving Penn, de Newton, ou encore de Guy Bourdin.

Et puis, l’occasion – la longue attente dans les studios pendant les collections – et l’opportunité d’avoir un Nikon – en prêt – m’ont permis de commencer à photographier les backstage. Et dehors, je photographiais les mannequins que je côtoyais…

Oui, au bout de cinquante ans de métier, je me définis comme photographe.

Quels sont vos engagements dans votre pratique photographique ?

Je ne témoigne de rien. Je n’affirme rien. En ce sens, mes photos ne sont pas engagées. Par contre, je me sens totalement impliquée dans la vision fictionnelle que je propose – et qui en fait n’est qu’un écho entre le monde et moi.

Est-il légitime de parler d’un regard de femme dans la photographie ? Vous sentez-vous concernée ?
En ce qui me concerne, oui, je crois à une sensibilité féminine qui n’est pas forcément l’exclusivité des femmes.

Votre statut de femme a-t-il, ou a-t-il eu, une influence sur votre statut d’artiste ? 

Oui, je peux dire que mon statut de femme mannequin m’a aidée à être un artisan dans la photo de mode. Quant au statut d’artiste, c’est une tout autre histoire. Cela a pris cinquante ans, et j’espère que ce n’est pas fini.

Vivez-vous de votre art ?

Oui.

Quels sont les auteurs(e)s qui vous inspirent ? Parmi eux/elles, y a-t-il des femmes photographes ?

Bien qu’au départ influencée par le pictorialisme (hommes et femmes confondus), je ne pourrais aujourd’hui citer des photographes dont mon travail s’inspire.

Par contre, la liste est longue de ceux et celles que j’admire – pour ne pas trop remonter dans le temps et ne pas être exhaustive, je dirais dans le désordre : Diane Arbus, Sally Mann, Henri Cartier-Bresson, Robert Frank, Man Ray, Etienne-Jules Marey, Alexandre Rodtchenko, Ralph Eugene Meatyard, Duane Michals, Edward Steichen, Louis Faurer, August Sander, Umbo, Nancy Rexroth, Mario Giacomelli, Brassaï, et tous les anonymes…

© Sarah Moon

BIO


Mannequin dans les années 1960, Sarah Moon (1941), se lance dans la pratique de la photographie en autodidacte, et conçoit rapidement ses premières campagnes pour la mode. Elle développe, notamment pour la marque Cacharel, un univers influencé par l’imaginaire, la littérature et le cinéma. Dans les années 1980, elle débute une pratique plus personnelle, toujours inspirée par la fabrication de récits fictifs. L’artiste a publié de nombreuses monographies (Souvenirs improbables en 1980, Circuss en 2003 ou encore 1.2.3.4.5 en 2008) et réalisé plusieurs films au cours de sa carrière (Le Fil Rouge en 2005, L’Effraie en 2004, Où va le blanc… en 2013). Une collection d’œuvres largement primées : le Lion d’or, Films publicitaires (Cannes, 1986 et 1987), le Grand Prix national de la Photographie en 1995, le prix Nadar, en 2008 etc. Ses créations oniriques ne cessent encore aujourd’hui d’étonner et de fasciner.

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