Elles x Paris Photo - Sabine Weiss

Les Douches

“L’engagement résidait dans la curiosité que j’avais de tout voir, de tout documenter et de me laisser surprendre par l’humain” Sabine Weiss

New York, 1955 © Sabine Weiss / Courtesy Les Douches la Galerie, Paris.

New York, 1955 © Sabine Weiss / Courtesy Les Douches la Galerie, Paris.

New York, 1955 © Sabine Weiss / Courtesy Les Douches la Galerie, Paris

Comment en êtes-vous venue à la photographie ? Vous définissez-vous comme photographe ? 

Oui, je me considère comme photographe. Enfant, je faisais déjà de la photographie. Mes premières photographies datent de 1935, je les ai toujours. Ma mère m’emmenait beaucoup dans les expositions et mon père était ingénieur chimiste. J’ai hérité de ce doux mélange ! J’étais très manuelle et passionnée par l’art. Plus tard dans la vie, je me suis demandé ce que j’allais faire et comme j’aimais la photographie et la manipulation de produits chimiques, je suis allée à Genève en 1942 faire un apprentissage au studio Boissonnas qui fêtait à l’époque ses 80 ans. J’ai suivi un apprentissage de trois ans avant d’ouvrir mon propre studio à Genève puis de partir pour Paris en 1946. J’avais au départ une belle chambre photographique 13×18 en acajou Thornton-Pickard dans mon studio à Genève. Cette grande maîtrise de la technique ainsi qu’une certaine créativité m’ont permis de travailler dans de très nombreux domaines du portrait, de la nature morte, de la mode en passant par le reportage et la publicité. En plus de mon travail plus personnel.

Quels sont vos engagements dans votre pratique photographique ? 

Je n’ai jamais eu aucun engagement dans ma pratique photographique si ce n’est de finir ce que j’avais commencé. C’était mon obsession. Je me mettais au défi de réussir mes commandes. Lors des shootings publicitaires, je choisissais moi-même les décors, j’étais très investie. Dans mon travail personnel, l’engagement résidait dans la curiosité que j’avais de tout voir, de tout documenter et de me laisser surprendre par l’humain, par la rue et tout ce qui s’y passait.

Est-il légitime de parler d’un regard de femme dans la photographie ? Vous sentez-vous concernée ? 

J’étais très attentive à la pauvreté, aux enfants, aux personnes dans le besoin. J’ai sûrement eu un regard plus compatissant.

Votre statut de femme a-t-il, ou a-il-eu, une influence sur votre statut d’artiste ? 

Difficile de répondre à cette question. Je me considère plus comme une artisane que comme une artiste. Mon mari était peintre, c’est lui qui devait exposer. Je n’ai donc pas cherché les honneurs dans ma vie…

Vivez-vous de votre art ? 

Oui.

Quels sont les auteur(e)s qui vous inspirent ? Parmi eux/elles, y a-t-il des femmes photographes ?

J’ai été plus inspirée par la peinture dans ma vie : Chardin, Goya et la diversité de son œuvre. J’aime beaucoup le travail de Jane-Evelyn Atwood. J’ai bien connu Florence Henri, Denis Colomb, Janine Niépce.

Sabine Weiss © Peter Adams

BIO

Sabine Weiss, née en Suisse en 1924, s’est initiée très jeune à la photographie, à Genève, au studio Boissonnas. Son diplôme en poche, elle ouvre en 1945 son propre atelier, avant de devenir l’assistante du photographe de mode Willy Maywald. En 1952, Robert Doisneau lui propose de le rejoindre au sein de l’agence Rapho. Trois ans plus tard, Edward Steichen sélectionne trois de ses clichés pour l’exposition Family of Man au MoMA. En 1999, Sabine Weiss devient officier des Arts et des Lettres, puis chevalier de l’ordre national du Mérite, en 2010. Fascinée par la condition humaine, elle développe une œuvre empathique, rattachée au courant humaniste. Ses clichés font aujourd’hui partie de collections prestigieuses (Metropolitan Museum of Art, Centre Pompidou, Art Institute, MoMA…).

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